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Vendre un terrain en indivision à Tahiti : qui doit donner son accord ?

Il faut en principe l’accord de tous les indivisaires ; pour une succession de plus de dix ans, deux tiers des droits suffisent à faire procéder au partage.

Grégory Batard

Mis à jour le par , conseiller immobilier KW Polynésie Lecture : 6 minutes

L’essentiel

  • Les deux tiers se comptent en droits en pleine propriété.
  • En cas d’opposition, le tribunal foncier tranche.
  • Un partage entre héritiers ne paie pas de droits d’enregistrement.
  • Partage aidé par l’AISI : le bien doit rester 30 ans dans la famille.
Dans cet article
  1. Peut-on vendre un terrain en indivision sans l’accord de tous ?
  2. Que faire quand un indivisaire refuse ou reste introuvable ?
  3. Qu’est-ce que le partage par souche ?
  4. Quelles aides existent pour sortir de l’indivision ?
  5. Par où commencer pour vendre un terrain de famille ?
  6. L’indivision fait-elle baisser le prix du terrain ?
  7. Sources

Peut-on vendre un terrain en indivision sans l’accord de tous ?

En principe, non : vendre un bien indivis demande l’accord de tous les indivisaires.

Si un seul refuse ou ne peut pas être retrouvé, le notaire ne peut pas signer la vente du terrain entier.

Dans une indivision, chacun possède une part de l’ensemble du terrain, sans qu’aucun morceau ne lui appartienne en propre. C’est pour ça que tout le monde doit signer.

En Polynésie, c’est une situation courante : beaucoup de terres sont restées indivises au fil des successions, parfois sur plusieurs générations.

Dès l’estimation, je vérifie avec toi qui peut vraiment signer : qui sont les indivisaires, s’ils sont d’accord, et si le titre de propriété est à jour. Mieux vaut le savoir avant de mettre le terrain en vente qu’après avoir trouvé un acheteur.

Et si aucun accord n’est possible ?

Reste le partage, expliqué juste après : une fois le terrain partagé, chacun vend son lot.

Quand le terrain ne peut pas être partagé, le dossier peut finir par une vente aux enchères décidée par le tribunal. C’est le dernier recours : la procédure prend des années, et le prix obtenu est souvent plus bas que celui d’une vente amiable.

Si l’acheteur aux enchères n’est pas de la famille, il paie en plus 7 % de droits d’enregistrement[5].

Que faire quand un indivisaire refuse ou reste introuvable ?

Si la succession est ouverte depuis plus de dix ans, ceux qui ont au moins deux tiers des droits peuvent faire procéder au partage.

Ils choisissent le notaire ; en cas d’opposition, le tribunal foncier de la Polynésie française peut autoriser le partage[1].

Ce dispositif vient de l’article 4 de la loi n° 2019-786 du 26 juillet 2019. Les deux tiers se comptent en droits en pleine propriété.

Il vise le partage, pas directement la vente : une fois le partage fait, chacun devient propriétaire de son lot et peut le vendre seul.

Les étapes de la procédure

La loi les fixe[1] :

  1. le notaire notifie le projet de partage à tous les indivisaires et le fait publier (journal d’annonces légales, affichage, site internet) ;
  2. le projet indique la valeur du bien, établie à partir de l’avis d’au moins deux professionnels qualifiés ;
  3. chaque indivisaire a trois mois pour s’y opposer, quatre mois si le terrain compte au moins dix indivisaires ou si l’un d’eux vit à l’étranger ;
  4. en cas d’opposition, les indivisaires majoritaires saisissent le tribunal foncier ;
  5. le tribunal autorise le partage, sauf s’il porte une atteinte excessive aux droits des autres.

Les limites du dispositif

  • Le logement où vit le conjoint survivant en est exclu.
  • Si un indivisaire est mineur, majeur protégé ou présumé absent, il faut l’autorisation du juge des tutelles.
  • Le dispositif vaut pour les projets de partage notifiés avant le 31 décembre 2028[1].

Qu’est-ce que le partage par souche ?

C’est un partage décidé par le juge, entre les branches de la famille (les souches) plutôt qu’entre chaque héritier.

Il est prévu par l’article 5 de la même loi, pour les demandes introduites avant le 31 décembre 2028[1].

Il concerne les terres qui viennent de plusieurs successions et qui sont difficiles à partager :

  • soit parce que les indivisaires sont très nombreux ;
  • soit parce qu’il est trop compliqué de tous les identifier et de les retrouver.

Le partage peut avoir lieu si au moins un indivisaire par souche participe à la procédure[1].

La Direction des affaires foncières (DAF) y consacre une page, avec un guide en français et en tahitien[2].

Quelles aides existent pour sortir de l’indivision ?

Pour les familles les plus modestes, le Pays paie tout ou partie des frais de partage, jusqu’à 5 millions de F CFP par dossier[4].

C’est l’aide individuelle à la sortie d’indivision (AISI). En échange, le bien partagé doit rester dans la famille pendant trente ans[6].

L’AISI couvre les frais de géomètre, de notaire, de médiateur foncier, de généalogiste et de transcription. Elle couvre aussi l’avocat quand c’est lui qui rédige l’accord amiable[6]. Elle est versée directement aux professionnels[4].

Elle vaut pour un partage fixé par une décision de justice définitive, pour un partage amiable chez le notaire, ou pour un accord amiable établi par un médiateur foncier ou un avocat[6].

Pour savoir si ta famille y a droit, il faut un entretien avec les agents de la DAF[4]. Une fois accordée, l’aide doit servir dans les trois ans[6].

Ce que l’AISI change si tu veux vendre

La décision qui accorde l’aide oblige le demandeur, et les cohéritiers qui en profitent, à garder le bien partagé dans le patrimoine familial pendant trente ans. Le délai part de sa publication au Journal officiel[6].

Si l’un d’eux vend son lot à un acheteur extérieur, il rembourse sa part de l’aide. Lui et les cohéritiers aidés ne peuvent plus la demander pendant cinq ans[6].

Une vente ordonnée par la justice ne remet pas l’aide en cause[6].

Si ta famille a reçu l’AISI, dis-le-moi dès le premier rendez-vous. On regarde la date de la décision avant de parler de vente à quelqu’un d’extérieur.

Les recherches foncières et généalogiques

Le service d’information de la DAF aide les familles dans leurs recherches. Il délivre les arbres et fiches généalogiques et les extraits de plan cadastral, et aide à monter le dossier foncier[3].

Un partage entre héritiers sans droits d’enregistrement

Un partage entre les héritiers d’une même succession, leurs conjoints ou leurs descendants est enregistré gratuitement, soultes comprises[5].

Même chose quand l’un des héritiers rachète les parts des autres et que l’indivision prend fin : pas de droits d’enregistrement, alors qu’un acheteur extérieur paie 7 %[5].

Par où commencer pour vendre un terrain de famille ?

Par les papiers : le titre de propriété, et les actes d’état civil qui relient chaque indivisaire au propriétaire d’origine.

Puis par un premier rendez-vous chez le notaire, qui dit qui hérite, de quelle part, et quelle procédure est possible.

  • Retrouve le titre : tomite, acte notarié ou jugement.
  • Rassemble les actes de naissance, de mariage et de décès de chaque branche.
  • Si une filiation n’est pas établie, un généalogiste peut la reconstituer.
  • Avant de chercher un acheteur, réunis tous ceux qui devront signer.

Pour une terre de famille, le prix se décide souvent à plusieurs, et l’accord d’un seul indivisaire n’engage pas les autres.

Les deux procédures de la loi de 2019, le partage aux deux tiers et le partage par souche, ne valent que pour les dossiers engagés avant le 31 décembre 2028[1]. Il vaut mieux ne pas attendre la dernière année.

L’estimation peut se faire avant que tout soit réglé. Une valeur argumentée donne à chacun une base commune pour discuter du partage ou de la vente.

L’indivision fait-elle baisser le prix du terrain ?

Tant que la situation n’est pas claire, oui : l’acheteur ne sait pas si la vente pourra être signée, et il en tient compte.

Un titre de propriété clair rend la vente plus simple chez le notaire.

À surface égale, un terrain au titre clair et un terrain indivis grevé d’une servitude n’ont pas la même valeur.

C’est l’un des points que je regarde sur place, avec la vue, l’accès et la pente. Je l’explique dans l’article sur le prix au m² à Tahiti.

La page pour vendre un terrain à Tahiti détaille le reste : PGA, accès, viabilisation, papiers à réunir.

Si le terrain vient d’une succession, pense aussi à la fiscalité : l’article sur la plus-value immobilière en Polynésie détaille le barème.

Sources

Comment cet article est préparé. Les règles et les taux viennent des textes officiels (lois du pays, DAF, DICP). Les chiffres de marché sont datés et viennent de sources publiques ou du logiciel d’analyse de KW Polynésie : tous sont listés ici.

  1. Loi n° 2019-786 du 26 juillet 2019 relative à la Polynésie française, articles 4 et 5 (Légifrance, version publiée au Journal officiel) (nouvel onglet)
  2. Partage par souche, Direction des affaires foncières (service-public.pf, page du 6 octobre 2026) (nouvel onglet)
  3. Section d’information et d’accès aux documents fonciers et généalogiques : missions et documents délivrés, Direction des affaires foncières (service-public.pf, page du 3 mars 2026) (nouvel onglet)
  4. Aide individuelle à la sortie d’indivision (AISI), Direction des affaires foncières (service-public.pf) (nouvel onglet)
  5. Loi du pays n° 2018-25 du 25 juillet 2018 portant réglementation générale des droits d’enregistrement, version consolidée au 10 décembre 2024 (loi du pays n° 2024-34) (Lexpol) (nouvel onglet)
  6. Délibération n° 2016-105 APF du 27 octobre 2016 modifiée instituant une aide individuelle en vue de favoriser la sortie de l’indivision immobilière, version au 29 mars 2022, articles 1er à 8-3 (Lexpol) (nouvel onglet)

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